Télécom ParisTech

Faisons-nous le bon choix dans la|répartition des ressources...

... en fréquences entre les utilisateurs : télécoms, médias et autres ? Que font nos voisins ?

Table ronde animée par Yves Poilane (1984), Directeur de Télécom ParisTech

  • Vivek Badrinath (1992), Directeur Exécutif, Networks, Carriers, Platforms & Infrastructures, France Telecom
  • Emmanuel Gabla (1993), Membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)
  • Stefano Mannoni, Commissaire, Autorità per le Garanzie nelle Communicazioni AGCOM (Italie)
  • Gilles Maugars (1983), Directeur technique et informatique de TF1
  • Kip Meek, Président de Broadband Stakeholder Group (BSG) (Royaume Uni)
  • François Rancy (1979), Directeur général de l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR)
  • Antonio Sassano, Expert pour les fréquences auprès d’AGCOM (Italie)

Yves Poilane introduit la table ronde et présente les participants représentant 3 pays, les instances de la réglementation, le monde des chaînes et celui des opérateurs télécom.

Il pose une première question à François Rancy : le choix fait est-il un bon compromis ?

François Rancy fait un bref historique, rappelant que la décision de la CMR 2007 ouvrait des possibilités, mais n’était en rien une obligation et que cette décision s’inscrivait dans le mandat donné par le Premier Ministre.

Une nouvelle étape a été atteinte avec la recommandation récente de la Commission Européenne.

Concrètement, nombreux sont maintenant les pays qui ont fait le choix d’ouvrir la bande haute UHF aux services mobiles (la France certes, mais aussi le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suède, l’Espagne, la Finlande, la Suisse,… ). Il y a des situations différenciées (cas de l’Italie, de la Belgique), et il faut laisser le temps à chaque pays de s’adapter, pour certains jusqu’en 2015, compte tenu de contraintes nationales ou internationales, notamment dans le cas des pays de l’Est.

Kip Meek intervient pour dire que la décision a été défendue par l’OFCOM, malgré un fort lobbying du monde audiovisuel. Maintenant, le monde audiovisuel a d’autres problèmes avec la baisse de la publicité. Même si la BBC demande des fréquences supplémentaires, il y a aujourd’hui des pressions politiques pour réduire son domaine d’activité. Il y aura des enchères, sans doute en 2011, plutôt qu’en 2010.

Stefano Mannoni indique que la situation particulière de l’Italie découle de la forte politisation du débat liée aux liens de son Président du Conseil avec le monde de l’audiovisuel, mais surtout relève du nombre de chaînes locales privées, 600, à comparer aux seules 21 chaines nationales. Cette situation n’a pas d’équivalent dans les autres pays d’Europe et rend la migration vers la TNT beaucoup plus complexe. Il n’y aura donc pas de dividende numérique pour les opérateurs mobiles avant 2015. La définition d’un plan est très compliquée, mais ce sera un défi de le faire appliquer. On est redevable à François Rancy de l’effort de négocier une coordination transfrontalière dans un contexte aussi complexe!

Antonio Sassano rajoute que sur le plan technique, il sera sans doute nécessaire de faire appel à la technique du Single Frequency Networks (SFN) pour économiser les fréquences. Son usage à cette échelle pour la TNT sera une première et il faudra bien quelques années pour la mettre en place. Il rappelle que l’Italie possède 21 chaînes nationales si on compte les chaînes analogiques, les chaînes TNT et la Télévision Mobile Personnelle. Il faudra 25 bouquets TNT en Italie, là où il n’en faut que 6 au Royaume-Uni. Enfin, il n’y a aucun espoir de trouver des espaces blancs en Italie, ce n’est pas là que l’on va pouvoir mettre en œuvre les techniques de Cognitive Radio…

Il conclut en rappelant les problèmes de coordination aux frontières, qui vont se poser du fait des décalages dans le temps dans l’utilisation du dividende numérique par les services mobiles.

Emmanuel Gabla souligne que le monde de l’image n’est pas le perdant dans cette décision du Premier Ministre, car les services mobiles à haut débit sont un nouveau canal de distribution pour les chaînes.

Il rappelle que, même avec une bande réduite, l’extinction de l’analogique va permettre une multiplication des contenus, puisque, des 6 multiplex actuels, on va passer à 11 multiplex plus 2 multiplex TMP. Certes cette migration a un coût important (qui se compte en centaines de millions), mais il y a un intérêt global pour libérer cette sous-bande. L’extinction de l’analogique aura lieu le 30 novembre 2011. Déjà l’analogique n’est plus accessible pour 200 000 foyers du côté de Cherbourg. Et ce sera le cas en Alsace en février 2010.

Certes ce ne sera pas un long fleuve tranquille (par exemple problèmes de coordination aux frontières), mais le jeu en vaut la chandelle et la France est motrice dans ce domaine.

Gilles Maugars n’est pas inquiet pour le risque de l’écran noir, car il y a une bonne concertation entre les acteurs. Pour les chaînes, l’enjeu est important, car il s’agit de diminuer les surcoûts de la double diffusion analogique et numérique. Mais il confirme aussi que le travail va être intense pour les 24 prochains mois.

Interrogé sur la question de la baisse de la publicité dans un monde audiovisuel où se multiplient les acteurs, Gilles Maugars note que la publicité TV, de l’ordre de 3 milliards d’Euros, est en baisse et que l’on n’a pas pour le moment trouvé le moyen de générer plus de valeur : il est maintenant clair que la TNT payante est hors sujet, sauf en continuité de ce que fait Canal +.

Sur les impacts de la montée en charge de la TNT et de la migration vers la haute définition, on manque de recul. Pour le moment, passer en HD coûte de l’argent sans vraiment en rapporter plus. Il pense que la position actuelle est un bon équilibre. Il faut être prudent avec les benchmarks internationaux, La France est un pays hertzien.

En pratique, il n’y a pas une telle évolution du mode de consommation des téléspectateurs. La VOD ? En pratique, elle se substitue à la location de cassettes.

En ce qui concerne la TMP, certes, ce serait utile pour les clients, mais les chaînes n’ont pas le moyen de payer. Gilles Maugars renvoie la balle aux acteurs télécom. La question est : quand en auront-ils besoin ?

Pour Vivek Badrinath, une première question à se poser est : les clients regardent-ils les petits écrans ? La réponse est oui. Sans compter les enfants qui regardent la télé sous la couette ! Et les usages dans les quartiers d’affaires aux heures de bureaux… Donc ce besoin de Télévision Mobile Personnelle est un vrai besoin avec le développement des usages de smartphones. Mais les ressources sont rares. Il y a une responsabilité collective. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte : croissance des besoins, élasticité dans les débits, trajectoire crédible. Pour le moment, les opérateurs mobiles savent satisfaire les besoins par l’usage de techniques vidéo unicast sur leurs réseaux 3G.

La question est alors de savoir quand on verra les limites de cette ingénierie pour les services TV de large diffusion. Le réseau dédié en technique DVBH, dont on parle aujourd’hui est trop cher. Mais il n’y a pas qu’une seule réponse technique à cette question. Le monde mobile a développé le nouveau standard IMB, compatible avec les réseaux avec les réseaux UMTS et les futurs réseaux LTE. Il y a aussi d’autres solutions hybrides possibles. Il faut tester. Nous avons quelques années pour le faire.

S. Mannoni rappelle qu’en Italie, le DVBH a démarré vite, mais le développement n’est pas celui qui était attendu. Il y a des problèmes de qualité des réseaux. On compte 600 000 clients, mais les usages restent limités.

En ce qui concerne le déploiement de réseaux LTE, Vivek Badrinath rappelle les avantages escomptés du LTE en termes d’efficacité spectrale et son aptitude à fonctionner en zones denses et non denses dans différentes bandes à 2,6 GHz et à 800 MHz. En attendant les réseaux HSPA font face à la croissance du trafic et il reste à exploiter les possibilités du refarming (UMTS dans la bande des 900 MHz). Compte tenu de la croissance du trafic, il est prévisible qu’il y aura le besoin de fréquences supplémentaires dans les prochaines années et que le LTE est attendu pour venir relayer le HSPA. Chez Orange, il est prévu une première expérimentation LTE en 2010 dans le sud de Paris. En 2011, on verra arriver les premiers roamers en provenance des Etats Unis. 2011 on va tester, et c’est en 2012 que l’on verra vraisemblablement l’ouverture commerciale de services LTE en France.

Yves Poilane pose la question des nouvelles étapes, au-delà de celle de la recommandation de la CMR 2007.

François Rancy rappelle que les Conférences Mondiales ont lieu tous les 4 ans. Il y a besoin d’une certaine stabilité, même si on constate une certaine accélération du timing entre les décisions des CMR et leur mise en œuvre.

En 2007, puis dans les décisions du Premier Ministre, il y a eu consensus pour attribuer 11% des ressources radiofréquences affectées à l’audiovisuel en bande UHF aux services mobiles, alors qu’initialement les services mobiles en demandaient le double.

Si la question est « Peut-on récupérer les fréquences de la TMP au profit du service mobile ? », cela paraît prématuré et ne sera pas à l’ordre du jour de la prochaine CMR en 2012, mais peut être en 2017 ?

Il rajoute que les situations sont très différenciées selon les pays. La tradition hertzienne est très forte en France, en Italie, et au Royaume Uni. Par contre, ce n’est pas le cas en Allemagne, en Suisse, aux Pays Bas, en Belgique où la part d’hertzien peut être inférieure à 5 %, contre 50 % en France.

Kip Meek insiste sur les possibilités offertes par le développement des autres moyens que l’hertzien, tels que le câble, le satellite, l’ADSL et demain l’optique.

Il revient sur la situation en Grande Bretagne : vers 2002-2004, on était dans une approche pilotée par le marché, au moins en théorie, car en pratique, cela n’a pas vraiment changé les comportements et cela a conduit à un manque de visibilité pour les opérateurs mobiles. La tendance actuelle est d’être plus interventionniste.

Emmanuel Gabla rajoute que les nouvelles attributions de fréquence pour les services mobiles sont aussi pour l’audiovisuel.

Il est d’accord avec Gilles Maugars pour attendre d’avoir un peu plus de recul, notamment sur la TVHD.

Mais la vraie question est celle des circuits de distribution pour l’audiovisuel et les business models associés. Historiquement, les chaînes ont eu une relation directe avec les clients par la diffusion hertzienne, mais le plus important pour les chaînes, c’est de maximiser l’audience en profitant des différents canaux de distribution que les technologies permettent de mettre à disposition des chaînes et des éditeurs.

Guy Roussel prend la parole depuis la salle et rappelle le rôle qu’il a tenu dans le Groupe de Travail sur le dividende numérique. Il précise que, dans les besoins des services mobiles alors estimés à 150 MHz, il était prévu une bande de 30 MHz pour un service de sécurité public.

Henri Reboullet (95), consultant, pose la question des modèles économiques et demande comment monétiser les services pour payer les réseaux.

Gilles Maugars rappelle les 3 modes de financement de l’audiovisuel, redevance, publicité et pay TV, et regrette que la TNT ait affaibli la télévision payante et pris une part significative de la publicité, dont le volume n’est pas extensible, même avec les décisions gouvernementales de réduction de la publicité sur les chaînes publiques, le tout sans apporter aucune recette nouvelle au monde de l’audiovisuel.

Il y aura nécessairement une phase de concentration, même si on peut espérer une certaine reprise de l’activité économique.

Malheureusement, il n’a pas une grande visibilité sur le modèle et n’est pas vraiment capable de répondre à la question aujourd’hui.

Vivek Badrinath souligne l’illusion de la gratuité. Il y a et aura des coûts considérables pour les investissements dans les réseaux, pour les achats de fréquences dans le cadre des enchères, et pour les déploiements. Clairement, le financement par la publicité ne sera pas suffisant.

Il confirme qu’il y a une demande solvable pour la télévision mobile personnelle unicast : les clients sont prêts à payer dans la tradition des services mobiles. Certes, il faut que les opérateurs veillent à éviter les mauvaises surprises dans les factures pour leurs clients...

Certes il existe des services gratuits de voix, on peut télécharger de la musique de façon plus ou moins gratuite, mais ce ne sont pas les mêmes services.

Pascal Fayard de l’INA s’interroge sur l’intérêt du nouveau standard DVB2

Emmanuel Gabla indique qu’il y a des tests prévus en DVB 2 en Grande Bretagne. Antonio Sassano et Emmanuel Gabla rappellent qu’il y a des millions de décodeurs DVB en service et qu’une nouvelle migration des terminaux ne paraît pas envisageable à court terme.

Gérard Pogorel pose la question des conditions économiques, techniques et réglementaires pour permettre des décisions.

Gilles Maugars estime qu’il y a la place à 2 à 3 acteurs média en France, alors que la politique actuelle est de pousser à la multiplicité des acteurs. Le système est trop rigide. Par exemple, TF1 doit obtenir l’accord du Conseil de la Concurrence pour acquérir une nouvelle chaîne….

Emmanuel Gabla se voit dans l’obligation de rappeler que la politique en faveur de la TNT répond avant tout aux besoins des clients, qui se félicitent du développement des chaînes de la TNT. Il conclut en insistant sur la nécessité d’une recomposition du paysage des acteurs, notamment par le développement des échanges entre les chaînes (éditeurs) et les distributeurs.

 

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