Télécom ParisTech

Dynamique des acteurs - Réduction de la fracture numérique

Table ronde animée par Gérard Pogorel, Professeur au département Sciences Économiques et Sociales de Télécom ParisTech

  • Laure de La Raudière (1989), Députée d’Eure-et-Loir, Vice-Présidente du groupe d’études «Internet», Membre de la commission du Dividende Numérique
  • Loïc Biot, Directeur associé de Numeo
  • Didier Dillard (1986), directeur de la réglementation France, France Télécom Orange
  • Bertrand Gié, Directeur délégué nouveaux médias, Le Figaro
  • Olivier de Baillenx, Directeur des relations institutionnelles, Groupe Iliad / Free
  • Marie-Georges Boulay, Directrice de la réglementation et des relations extérieures, SFR
  • Alain Parker, Directeur Économie et Régulation, Bouygues Télécom
  • Marc Taïeb (1997), Directeur général, Bolloré Télécom

Gérard Pogorel introduit le thème de la table ronde, en insistant sur la dimension « risque de fracture numérique », et il présente les différents intervenants. Puis il donne la parole à Laure de La Raudière, « notre Députée » et ancienne élève de l’Ecole.

Laure de La Raudière rappelle que la décision du Premier Ministre a été prise sur la base des propositions de la Commission du Dividende Numérique, à laquelle elle a participé.

Le déploiement de l’accès fibre optique sur l’ensemble du territoire prendra beaucoup de temps. Cependant, il y a un souhait fort, voire une exigence, de développement de l’accès très haut débit sur l’ensemble du pays. Le haut débit mobile, notamment le LTE, sera (presque) une alternative au très haut débit fixe.

Elle donne l’exemple de Nogent-le-Rotrou, où la 3G+ est disponible depuis peu : certains habitants des communes avoisinantes utilisent la 3G+ à la place du haut débit fixe, car ils sont en zone d’ombre de l’ADSL.

Elle fait référence à la proposition de loi présentée par le Sénateur Xavier Pintat relative à la lutte contre la fracture numérique, et qui sécurise les dispositions prises par l’ARCEP, notamment pour l’accès de la fibre optique en zones denses. Le risque de fracture numérique est bien supérieur avec l’accès optique qu’avec l’ADSL, car il va y avoir toute une classe de services qui vont être développés pour l’accès optique et auxquels les autres technologies de raccordement large bande ne donneront pas accès.

Aujourd’hui, avec les offres alternatives à l’ADSL (en particulier les offres satellitaires, la fracture numérique est en train de devenir plus sociale que géographique.

A noter que ce débat est complètement trans-partisan, poussé par les députés ruraux et montagnards de tous bords. En attendant l’accès optique et la 4G, la priorité est d’étendre la couverture mobile 3G+.

Puis Gérard Pogorel lance le débat vers les différents intervenants de la table ronde en leur demandant quelle est leur dynamique industrielle :

Loic Biot présente Numéo qui est un opérateur de niche, pour les 40 % des personnes qui n’ont pas encore de connexions à haut débit.

Depuis 6 ans, Numéo développe des offres de services pour les zones blanches de l’ADSL, d’abord en Wifi à 2,4 GHz, et en Wifi à 5 GHz, puis Numéo a participé à la grande et courte aventure du Wimax fixe, qui n’a pas tenu ses promesses sur les débits attendus.

Loïc Biot estime qu’il est difficile de faire de l’accès fixe avec des techniques mobiles, qui sont soumises aux aléas de la propagation et de la météo, sans compter les problèmes de pénétration indoor.

Par contre en accès radio fixe, il est possible de fournir une vraie solution radio à 6 Mbit/s symétriques. Loïc Biot milite pour développer ce type de solutions, moins coûteuse que des surinvestissements en ADSL.

Il considère que les investissements publics doivent être concentrés sur le développement d’accès à fibres optiques, par exemple via les syndicats d’électrification rurale : il cite l’exemple du département de l’Ain, proche de leur siège social, où une telle initiative vient d’être prise. Selon lui, la radio ne nécessite pas autant d’investissements publics.

Didier Dillard rappelle que l’aménagement du territoire, le service public, sont dans les gènes de France Telecom.

A court terme, la priorité, c’est l’amélioration de la couverture 3G. Déjà France Télécom offre la meilleure couverture, mais l’objectif est de s’approcher des 100% dans un délai relativement court.

Le dividende numérique va aider à aller plus loin. C’est une bonne nouvelle. Mais aujourd’hui, il reste encore beaucoup d’incertitudes majeures sur la répartition des fréquences entre les acteurs. Pour n’en citer qu’une, on a vu ce matin les différences de performances du LTE pour des bandes de 10 et de 20 MHz et malheureusement, il est clair qu’il n’y aura pas la place, dans la bande des 800 MHz, pour attribuer des canaux duplex de 20 MHz pour 4 acteurs …

Côté réseau fixe, l’ADSL est maintenant présent dans la totalité des répartiteurs de France Télécom. Mais il reste des clients n’ayant pas encore accès à l’ADSL pour des problèmes de longueurs de lignes ou de présence de multiplexeurs : pour améliorer l’éligibilité et le débit accessible en ADSL, France Telecom met en œuvre avec les Collectivités Territoriales la solution dite NRA ZO (Zone d’Ombre), d’autres solutions sont développées en relation avec l’ARCEP, dans tous les cas, il s’agit de se rapprocher au plus près des clients, en fibrant jusqu’au sous-répartiteur. Tout ceci bien sûr sans oublier les actions en faveur du développement du FTTH.

Un point malheureusement incontournable, c’est que le coût unitaire augmente pour les derniers pourcents, et c’est là que l’argent public doit être mis à contribution.

On peut de ce fait s’étonner de l’exemple récent du département le plus riche de France, qui a consacré de l’argent public au très haut débit…,

Laure de La Raudière intervient pour préciser que le champ d’intervention du fond d’aménagement du territoire, prévu dans le projet de loi sur la fracture numérique, concernera les zones où les opérateurs privés n’iront pas d’eux même, donc essentiellement les zones moins denses.

Marie-Georges Boulay introduit son exposé en rappelant que, selon elle, SFR est un petit poucet à côté de France Télécom….

Elle trouve Mme de La Raudière un peu sévère envers les opérateurs mobiles, alors que SFR aura une couverture de 80 % en 3G mobile à la fin de l’année.

Faisant référence à l’exposé de C. Le Drogo, elle confirme que le développement de l’Internet mobile passe par les terminaux. Les opérateurs sont confrontés à des enjeux de couverture et de capacité. Rappelons que 67 % de la population se trouvent dans seulement 30 % du territoire.

Donc les opérateurs mobiles ont besoin de fréquences basses pour améliorer la couverture, alors qu’aujourd’hui ils ne disposent que de 2x35 MHz dans la bande des 900 MHz.

En ce qui concerne le refarming à 900 MHz, elle rappelle que l’accord de l’ARCEP a été donné en février 2008, alors que SFR en a fait la demande dès 2006. Cet accord aide les opérateurs mobiles à améliorer leur couverture 3G à moindre coût, puisque cette couverture peut alors être obtenu avec de 1,6 à 2 fois moins de sites.

Le dividende numérique est donc très important dans ce contexte. Il est à coupler avec les possibilités d’attribution à 2,6 GHz, bien adaptées pour les besoins de capacité dans les zones denses. De ce point de vue, les deux bandes sont bien complémentaires.

SFR travaille également au développement du Très Haut Débit fixe et a consacré 250 ME cette année pour le déploiement de l’accès par fibre optique.

Alain Parker met l’accent sur la dimension économique du très haut débit mobile, à la fois pour le développement de l’économie des territoires, et pour les opérateurs eux-mêmes.

Bouygues Télécom travaille comme les autres opérateurs au déploiement des réseaux 3G, qui apporte du haut débit. Ce n’est pas encore du Très Haut Débit, mais cela permet déjà de belles applications pour l’accès à Internet ou pour le courrier électronique.

Côté opérateurs, les coûts ne sont pas uniquement liés aux investissements, les coûts viennent aussi des coûts nécessaires pour l’exploitation de 2 réseaux (GSM et UMTS), coûts se montant environ à 10 %/an de l’investissement initial.

Le dividende numérique est une bonne nouvelle pour le très haut débit mobile, mais il reste beaucoup de questions ouvertes et d’incertitudes sur le débit atteignable, qui, rappelons-le, sera partagé, sur la largeur de la porteuse (compte tenu des diverses contraintes, il paraît difficile d’aller au-delà de 10 MHz pour les attributions dans la bande des 800 MHz). Il y a aussi la question de la disponibilité des terminaux LTE, voire des équipements de réseaux.

On peut s’interroger sur l’équivalence par rapport au réseau fixe, car l’approche du domaine mobile est différente. Et dans l’équation économique, il faut tenir compte que les revenus vont rester à peu près inchangés, voire évoluer à la baisse, du fait du développement de la concurrence.

Marc Taieb propose de diviser le monde en 2 : il y a le monde du mobile, essentiellement centré sur la voix, et le monde du Haut Débit, bien servi par des raccordements fixes ou nomades.

En effet, excepté lorsque l’on est dans un TGV, a-t-on vraiment besoin de réelle mobilité pour les services HD ? C’est ce qu’a expliqué Loïc Biot, il y a le mobile et il y a le HD sans fil.

En 2006, des licences Wimax à 3,5 GHz ont été attribuées à Bolloré Télécom. A l’époque, le Wimax était considéré comme la meilleure technologie. Depuis, on assiste à une combat de titans entre le Wimax et le LTE. Qui va gagner ? Le Wimax est poussé par Intel (qui fournit les puces pour 80 % du marché des PC). Les acteurs télécom préfèrent le LTE, notamment pour des raisons de pragmatisme réseau.

Sans conteste, le service mobile est de bonne qualité en France, notamment pour la voix. La couverture pour la voix est très bonne et d’ailleurs, faut-il aller couvrir les zones où les gens ne souhaitent peut-être pas être joignables sur leur mobile ! Bravo à mes concurrents ! Au-delà du rôle des opérateurs, cela est dû à la pression du monde politique et il faut saluer le rôle de l’ARCEP.

Comme l’a expliqué Numéo, les fréquences à 3,5 GHz ne sont pas bien adaptées pour faire de la distance et de ce fait ne sont pas la meilleure solution pour lutter contre la fracture numérique. Ce rôle est dévolu aux fréquences issues du dividende numérique.

Bolloré Télécom a déployé 10 000 bornes, essentiellement en Wifi, seulement 200 stations sont en Wimax et Bolloré Telecom constate des usages de ces bornes à hauteur de 10 Goctets/mois, soit 100 fois supérieurs aux chiffres cités par Orange pour l’internet mobile. C’est là que l’on peut voir la différence entre le fixe et le nomade.

Laure de La Raudière revient sur les propos de Marc Taieb : certes la qualité des réseaux est très bonne en France. Mais, malgré tout, nombreuses sont les interpellations qu’elle entend dans ses rencontres en circonscription. Avec la montée en débit, le risque de fracture numérique va devenir encore plus insupportable. La priorité est bien de définir le cadre réglementaire nécessaire, pour utiliser au mieux les ressources en fréquences disponibles : notamment, faut-il un ou plusieurs opérateur(s) d’infrastructure 4G en zone non dense ?

Olivier de Baillenx pense que, si SFR est un « petit poucet », alors Free est un « caillou dans la chaussure », ou un Minimoys…. Il aime bien cette image, car les Minimoys vivent en tribu, travaillent ensemble.

Pour le moment, il lui est difficile de parler du domaine mobile, où Free attend une bonne nouvelle ! Il évoque donc l’engagement de Free dans le domaine du fixe.

Il fait référence au cadre réglementaire défini pour les raccordements optiques dans les zones denses, notamment les règles de mutualisation attendues dans les immeubles en copropriété.

Dans les zones moins denses, la question est de savoir si on va avoir 4 ou 5 réseaux ou si les acteurs vont le faire ensemble, Free pousse pour la mutualisation et le co-investissement, dans un souci d’efficacité. Il rappelle aussi les risques de reconstitution d’un monopole.

En ce qui concerne les questions relatives aux fréquences radio du dividende numérique, il est encore trop tôt pour Free pour en parler. Ce sont des fréquences essentielles, leurs règles d’attribution doit viser à l’efficacité au maximum. Là encore, la mutualisation est la solution d’avenir.

Gérard Pogorel donne la parole à Bertrand Gié, pour développer les attentes d’un grand groupe de médias :

Bertrand Gié (Figaro Médias) rappelle que le Figaro existe depuis 183 ans, ce qui en fait le plus ancien acteur autour de la table ! Mais le Figaro est en forte mutation depuis quelques années : sur les 2000 personnes du Figaro, 600 travaillent désormais en relation avec les applications sur Internet, contre une cinquantaine en 2005 !

Le Figaro exploite une trentaine de sites web, 1 internaute sur 3 y accède, ou plutôt 1 sur 2 sur la cible CSP+ des lecteurs du Figaro.

Les applications sont variées : Le groupe Le Figaro est le n°1 de la petite annonce sur Internet, et est aussi présent dans la vente en ligne (théâtre, vêtements,…), dans les sites dédiés aux sports, à la culture,…

On assiste donc à un changement important du métier du journaliste.

Le Figaro, c’est un million de lecteurs par jour et 7 millions de visites du site web Le Figaro.fr par mois.

Le lecteur lui-même évolue, il devient un contributeur. Le Figaro.fr suscite 10 000 commentaires par jour. Les usages évoluent, avec le développement de la consommation en mobilité.

Un autre aspect de cette mutation est économique, avec des impacts sur les ressources traditionnelles de la presse, comme la publicité, les abonnements, et avec l’évolution vers le monde Internet où la gratuité des informations est souvent la règle. Pour donner une idée des enjeux, les activités du Figaro Médias représentent désormais 20 % du CA sur un total de 600 ME, principalement avec les revenus des petites annonces.

En conclusion, Bertrand Gié illustre l’intérêt de l’accès en mobilité : il vient de consulter le site du Figaro.fr et il a noté deux informations intéressantes pour les participants de cette journée :

- un sondage a montré que 42 % des clients mobiles utilisent leur mobile comme lampe de poche,…

- le tribunal de commerce de Cannes vient de faire nommer un expert à propos du problème des explosions supposées d’i-phone.

Gérard Pogorel commente cette évolution forte du monde des contenus provoquée par l’évolution du monde des tuyaux. Elle renforce la nécessité d’être à même d’offrir ce type d’accès à l’ensemble de la population. Au-delà de l’accès à l’information comme avec le Figaro.fr, il y a l’e-administration qui doit être accessible partout pour tous. Il souhaite maintenant développer la question de la mutualisation des infrastructures aussi bien fixes que mobiles, en particulier évoquée dans l’intervention de M. de Baillenx : la difficulté de cette question provient de son impact sur la concurrence, dont le développement a été le maître-mot des dernières années. Cette difficulté a été bien résumée par la formule d’un opérateur lors de notre conférence de l’année dernière, « on demande aux opérateurs de se mettre d’accord sans s’entendre… ». Gérard Pogorel sollicite les opinions des différents opérateurs présents autour de la table sur cette question de la mutualisation des infrastructures.

Marie-Georges Boulay revient sur l’amicale pression de l’ARCEP et du monde politique, relayée par Mme de La Raudière, pour que les 3 opérateurs mobiles en place travaillent ensemble à la couverture des zones non encore couvertes en 3G. Elle confirme que ce travail est bien en cours et rajoute que les opérateurs seront heureux d’y accueillir le 4ième entrant quand il sera connu.

Dans le fixe, on sait les milliards d’Euros qu’il faudra dépenser pour développer un nouvelle boucle locale optique et SFR rejoint tout à fait la position exprimée précédemment par Free.

Alain Parker confirme que les solutions de RAN sharing sont la bonne solution pour déployer un seul réseau 3G dans les zones blanches GSM, voire en deçà des zones blanches. Par contre, autant il est facile de se mettre d’accord dans la recherches des sites en zones blanches, autant c’est plus difficile dans les autres zones pour lesquelles il y a plusieurs choix concurrents dans la recherche de points hauts avec des impacts différents en termes de coûts pour les acteurs.

Puis il élargit le débat en évoquant les limites de la concurrence par les infrastructures, notamment pour des acteurs de taille réduite (Bouygues Télécom a environ 2,5 fois moins de clients que ses 2 principaux concurrents), pour lesquels le seuil de rentabilité économique dans l’ouverture d’un site est plus difficile à atteindre.

Donc, on constate dans différents pays le développement de mutualisation entre les acteurs pour réduire les coûts de déploiement. Cela apparaît comme la bonne solution, qui permet de maintenir et développer la concurrence sur les services, y compris pour les MVNO.

Avec le LTE, les opérateurs vont être amenés à déployer une 3ième infrastructure, peu de temps après avoir déployé la seconde : la mutualisation apparaît comme la bonne solution pour maîtriser les coûts de déploiement. Mais, comment faire, comment aborder cette question difficile ? Personne n’y voit encore très clair, y compris à l’ARCEP.

En passant la parole à Didier Dillard, Gérard Pogorel rajoute une question : ne faut-il pas réduire les prix pour lutter contre la fracture numérique ?

D. Dillard estime que la mutualisation a sa place dans les zones non naturellement couvertes par les acteurs, c'est-à-dire celles où les acteurs voient les limites de la rentabilité de leurs déploiements. La mutualisation leur permet de répondre à la demande tout à fait légitime des instances politique pour élargir la couverture.

Il rappelle que le modèle de la concurrence par les infrastructures (complété par la mutualisation dans les zones où cela se justifie) a fait ses preuves aussi bien dans le fixe que dans le mobile, Pourquoi remettre en cause ce modèle ?

Faut-il vraiment réglementer la mutualisation ? Est-il réaliste de définir un plan à 10 ans pour un réseau mutualisé au niveau de l’Etat et au niveau du régulateur, alors que l’on a encore beaucoup d’incertitudes sur le développement des services ? Sa réponse est non et, pour développer la mutualisation, Didier Dillard estime qu’il vaut mieux laisser les acteurs en discuter entre eux, comme cela se fait dans d’autres pays européens.

Sur la question de l’impact des prix sur la réduction de la fracture numérique, l’avis de Didier Dillard est au contraire que la réduction des prix limitent les zones où les opérateurs peuvent déployer leurs réseaux de façon rentable et cela augmente donc le besoin de financements publics pour les besoins de couverture. Certes, les prix bas, tels que 19,90 E/mois, sont une bonne chose pour le consommateur, mais la contre partie, c’est la réduction de la couverture rentable pour les seuls investissements privés.

Gérard Pogorel se permet de demander à Didier Dillard si le 19,90 E/mois, qu’il a cité, est bien le tarif d’Orange en Autriche …, puis il demande à Olivier de Baillenx quel est le point de vue d’un éventuel nouvel entrant dans le domaine mobile tel que Free.

Olivier de Baillenx rappelle que le grand succès de ces dernières années, c’est le développement du haut débit fixe (18 millions de clients en France), qui, par le biais du dégroupage, est une forme de mutualisation. Les acteurs se sont appropriés de façon très efficace ce modèle poussé par la Commission Européenne, puis par l’ARCEP.

Un autre facteur du succès, ce sont les prix qui ont mis le haut débit à la portée du plus grand nombre.

Sur le haut débit mobile, il est encore trop tôt pour Free pour s’exprimer, alors qu’il n’a pas encore de licence ! Rendez-vous l’année prochaine !

Gérard Pogorel souhaite revenir sur le rôle des opérateurs de niches, comme Numéo.

L. Biot constate qu’en France, les opérateurs ont imposé le diktat du triple play, sans se préoccuper vraiment des attentes des clients. Dans le Nord de l’Europe, on observe le développement de services de kiosques accessibles au dessus du raccordement haut débit physique.

Avec les baisses de tarif pour les raccordements de base (notamment les annonces récentes de tarifs autour de la vingtaine d’Euros), cela va ouvrir un champ pour des services à valeur ajoutée pour des catégories de services comme la télémédecine, et pour des catégories de clients, comme les PME, les exploitations agricoles. L. Biot considère que les clients sont prêts à dépenser 30 ou 40 Euros par mois tout compris.

Il va donc y avoir une évolution du scope des opérateurs de niche du domaine de l’équipement des zones blanches, vers le domaine des services à valeur ajoutée.

M. Taieb est d’accord avec l’analyse de Numéo, à la réserve près qu’il pense que le marché du triple play correspond malgré tout à l’essentiel des besoins et que le marché des services à valeur ajoutée envisagé par Numéo ne correspond sans doute qu’à quelques dizaines de millions d’Euros par an, ce qui correspond effectivement à ce que peuvent proposer des PME.

Il note que la télévision reste difficile à faire passer en radio, sauf à développer une offre de type DVBH.

Dans le domaine des infrastructures, il faut conclure rapidement sur le choix entre Wimax et LTE. Il trouve que la date citée pour le déploiement du LTE en 2014 est bien tardive.

Il milite, à l’image d’une consultation récente lancée par la FCC, pour mieux synchroniser les développements de technologies entre les différentes régions du monde (par exemple, le Wimax à 2,5 ou 3,5 GHz).

Il pense que cela contribuerait à accélérer le déploiement des nouvelles technologies dans de meilleures conditions économiques au bénéfice final des consommateurs.

Pascal Bondillon, représentant du Conseil Général du Cher, souhaite interpeler les opérateurs présents par rapport à leurs objectifs de couverture 3G non tenus. Sans parler des promesses du Wimax de Bolloré Télécom non tenues dans son département.

Didier Dillard considère que c’est un mauvais procès et que cela ne reconnaît pas les grands efforts faits par les opérateurs dans un contexte très différent de celui imaginé au moment de l’attribution des 2 premières licences en 2001. Il est bien connu qu’il y a eu un retard au démarrage de 2 ans au niveau mondial par manque d’équipements de réseaux et de terminaux.

Il comprend la frustration de certaines collectivités locales, mais les niveaux de déploiement ont été publiés régulièrement et discutés avec l’ARCEP : la situation actuelle n’est donc pas une surprise.

Mme Boulay s’associe à la réponse de D. Dillard. Par 2 fois, il y a eu reports. Les opérateurs ont aussi fortement densifié leurs réseaux, et ont fortement augmenté le débit accessible dans les zones couvertes (pour SFR par un facteur 10 par rapport à leurs engagements initiaux). Une procédure de sanction est instruite par l’ARCEP, attendons leur décision. Mme Boulay revient que le besoin de fréquences basses pour le refarming, pour lesquelles l’accord de l’ARCEP date de février 2008 seulement.

M. Bondillon challenge cette réponse de Mme Boulay en indiquant que la veille, SFR a présenté à Bourges ses plans de déploiement sur le département du Cher et que l’on est loin de la couverture à 99 % sur laquelle SFR s’est engagé initialement.

Alain Parker indique que Bouygues Télécom a déjà atteint en juin 2009 ses objectifs de couverture, de 2010. Certes les objectifs de Bouygues Télécom sont moins ambitieux que ceux des 2 autres opérateurs, mais ils sont sans doute plus réalistes. Et Bouygues Télécom a profité d’un marché plus mûr au moment du déploiement de son réseau 3G.

Marc Taieb reconnaît que les objectifs de déploiement Wiamx n’ont pas été tenus, mais il met au défi quiconque de trouver un seul ordinateur Wimax fonctionnant à 3.5 GHz. Par ailleurs, le 3.5 GHz n’est pas adapté à la couverture du territoire.

Bolloré Telecom met gratuitement ses fréquences à la disposition des collectivités locales qui le lui demandent, tout en donnant leur avis de technicien sur les limitations des possibilités du Wimax à 3.5 GHz. Suite à une nouvelle question de M. Bondillon ( ?), il précise que ce sont des contrats d’un an, renouvelables par tacite reconduction dans la limite de la durée de la licence, pour laquelle rappelons-le, Bolloré Télécom a payé 100 millions d’Euros,

Gérard Pogorel introduit le thème de la table ronde, en insistant sur la dimension « risque de fracture numérique », et il présente les différents intervenants. Puis il donne la parole à Laure de La Raudière, « notre Députée » et ancienne élève de l’Ecole.

Laure de La Raudière rappelle que la décision du Premier Ministre a été prise sur la base des propositions de la Commission du Dividende Numérique, à laquelle elle a participé.
Le déploiement de l’accès fibre optique sur l’ensemble du territoire prendra beaucoup de temps. Cependant, il y a un souhait fort, voire une exigence, de développement de l’accès très haut débit sur l’ensemble du pays. Le haut débit mobile, notamment le LTE, sera (presque) une alternative au très haut débit fixe.
Elle donne l’exemple de Nogent-le-Rotrou, où la 3G+ est disponible depuis peu : certains habitants des communes avoisinantes utilisent la 3G+ à la place du haut débit fixe, car ils sont en zone d’ombre de l’ADSL.

Elle fait référence à la proposition de loi présentée par le Sénateur Xavier Pintat relative à la lutte contre la fracture numérique, et qui sécurise les dispositions prises par l’ARCEP, notamment pour l’accès de la fibre optique en zones denses. Le risque de fracture numérique est bien supérieur avec l’accès optique qu’avec l’ADSL, car il va y avoir toute une classe de services qui vont être développés pour l’accès optique et auxquels les autres technologies de raccordement large bande ne donneront pas accès.
Aujourd’hui, avec les offres alternatives à l’ADSL (en particulier les offres satellitaires, la fracture numérique est en train de devenir plus sociale que géographique.
A noter que ce débat est complètement trans-partisan, poussé par les députés ruraux et montagnards de tous bords. En attendant l’accès optique et la 4G, la priorité est d’étendre la couverture mobile 3G+.

Puis Gérard Pogorel lance le débat vers les différents intervenants de la table ronde en leur demandant quelle est leur dynamique industrielle :

Loic Biot présente Numéo qui est un opérateur de niche, pour les 40 % des personnes qui n’ont pas encore de connexions à haut débit.
Depuis 6 ans, Numéo développe des offres de services pour les zones blanches de l’ADSL, d’abord en Wifi à 2,4 GHz, et en Wifi à 5 GHz, puis Numéo a participé à la grande et courte aventure du Wimax fixe, qui n’a pas tenu ses promesses sur les débits attendus.
Loïc Biot estime qu’il est difficile de faire de l’accès fixe avec des techniques mobiles, qui sont soumises aux aléas de la propagation et de la météo, sans compter les problèmes de pénétration indoor.
Par contre en accès radio fixe, il est possible de fournir une vraie solution radio à 6 Mbit/s symétriques. Loïc Biot milite pour développer ce type de solutions, moins coûteuse que des surinvestissements en ADSL.

Il considère que les investissements publics doivent être concentrés sur le développement d’accès à fibres optiques, par exemple via les syndicats d’électrification rurale : il cite l’exemple du département de l’Ain, proche de leur siège social, où une telle initiative vient d’être prise. Selon lui, la radio ne nécessite pas autant d’investissements publics.

Didier Dillard rappelle que l’aménagement du territoire, le service public, sont dans les gènes de France Telecom.

A court terme, la priorité, c’est l’amélioration de la couverture 3G. Déjà France Télécom offre la meilleure couverture, mais l’objectif est de s’approcher des 100% dans un délai relativement court.

Le dividende numérique va aider à aller plus loin. C’est une bonne nouvelle. Mais aujourd’hui, il reste encore beaucoup d’incertitudes majeures sur la répartition des fréquences entre les acteurs. Pour n’en citer qu’une, on a vu ce matin les différences de performances du LTE pour des bandes de 10 et de 20 MHz et malheureusement, il est clair qu’il n’y aura pas la place, dans la bande des 800 MHz, pour attribuer des canaux duplex de 20 MHz pour 4 acteurs …
Côté réseau fixe, l’ADSL est maintenant présent dans la totalité des répartiteurs de France Télécom. Mais il reste des clients n’ayant pas encore accès à l’ADSL pour des problèmes de longueurs de lignes ou de présence de multiplexeurs : pour améliorer l’éligibilité et le débit accessible en ADSL, France Telecom met en œuvre avec les Collectivités Territoriales la solution dite NRA ZO (Zone d’Ombre), d’autres solutions sont développées en relation avec l’ARCEP, dans tous les cas, il s’agit de se rapprocher au plus près des clients, en fibrant jusqu’au sous-répartiteur. Tout ceci bien sûr sans oublier les actions en faveur du développement du FTTH.
Un point malheureusement incontournable, c’est que le coût unitaire augmente pour les derniers pourcents, et c’est là que l’argent public doit être mis à contribution.
On peut de ce fait s’étonner de l’exemple récent du département le plus riche de France, qui a consacré de l’argent public au très haut débit…,


Laure de La Raudière intervient pour préciser que le champ d’intervention du fond d’aménagement du territoire, prévu dans le projet de loi sur la fracture numérique, concernera les zones où les opérateurs privés n’iront pas d’eux même, donc essentiellement les zones moins denses.

Marie-Georges Boulay introduit son exposé en rappelant que, selon elle, SFR est un petit poucet à côté de France Télécom….

Elle trouve Mme de La Raudière un peu sévère envers les opérateurs mobiles, alors que SFR aura une couverture de 80 % en 3G mobile à la fin de l’année.
Faisant référence à l’exposé de C. Le Drogo, elle confirme que le développement de l’Internet mobile passe par les terminaux. Les opérateurs sont confrontés à des enjeux de couverture et de capacité. Rappelons que 67 % de la population se trouvent dans seulement 30 % du territoire.
Donc les opérateurs mobiles ont besoin de fréquences basses pour améliorer la couverture, alors qu’aujourd’hui ils ne disposent que de 2x35 MHz dans la bande des 900 MHz.

En ce qui concerne le refarming à 900 MHz, elle rappelle que l’accord de l’ARCEP a été donné en février 2008, alors que SFR en a fait la demande dès 2006. Cet accord aide les opérateurs mobiles à améliorer leur couverture 3G à moindre coût, puisque cette couverture peut alors être obtenu avec de 1,6 à 2 fois moins de sites.

Le dividende numérique est donc très important dans ce contexte. Il est à coupler avec les possibilités d’attribution à 2,6 GHz, bien adaptées pour les besoins de capacité dans les zones denses. De ce point de vue, les deux bandes sont bien complémentaires.
SFR travaille également au développement du Très Haut Débit fixe et a consacré 250 ME cette année pour le déploiement de l’accès par fibre optique.

Alain Parker met l’accent sur la dimension économique du très haut débit mobile, à la fois pour le développement de l’économie des territoires, et pour les opérateurs eux-mêmes.

Bouygues Télécom travaille comme les autres opérateurs au déploiement des réseaux 3G, qui apporte du haut débit. Ce n’est pas encore du Très Haut Débit, mais cela permet déjà de belles applications pour l’accès à Internet ou pour le courrier électronique.

Côté opérateurs, les coûts ne sont pas uniquement liés aux investissements, les coûts viennent aussi des coûts nécessaires pour l’exploitation de 2 réseaux (GSM et UMTS), coûts se montant environ à 10 %/an de l’investissement initial.
Le dividende numérique est une bonne nouvelle pour le très haut débit mobile, mais il reste beaucoup de questions ouvertes et d’incertitudes sur le débit atteignable, qui, rappelons-le, sera partagé, sur la largeur de la porteuse (compte tenu des diverses contraintes, il paraît difficile d’aller au-delà de 10 MHz pour les attributions dans la bande des 800 MHz). Il y a aussi la question de la disponibilité des terminaux LTE, voire des équipements de réseaux.

On peut s’interroger sur l’équivalence par rapport au réseau fixe, car l’approche du domaine mobile est différente. Et dans l’équation économique, il faut tenir compte que les revenus vont rester à peu près inchangés, voire évoluer à la baisse, du fait du développement de la concurrence.

Marc Taieb propose de diviser le monde en 2 : il y a le monde du mobile, essentiellement centré sur la voix, et le monde du Haut Débit, bien servi par des raccordements fixes ou nomades.
En effet, excepté lorsque l’on est dans un TGV, a-t-on vraiment besoin de réelle mobilité pour les services HD ? C’est ce qu’a expliqué Loïc Biot, il y a le mobile et il y a le HD sans fil.

En 2006, des licences Wimax à 3,5 GHz ont été attribuées à Bolloré Télécom. A l’époque, le Wimax était considéré comme la meilleure technologie. Depuis, on assiste à une combat de titans entre le Wimax et le LTE. Qui va gagner ? Le Wimax est poussé par Intel (qui fournit les puces pour 80 % du marché des PC). Les acteurs télécom préfèrent le LTE, notamment pour des raisons de pragmatisme réseau.

Sans conteste, le service mobile est de bonne qualité en France, notamment pour la voix. La couverture pour la voix est très bonne et d’ailleurs, faut-il aller couvrir les zones où les gens ne souhaitent peut-être pas être joignables sur leur mobile ! Bravo à mes concurrents ! Au-delà du rôle des opérateurs, cela est dû à la pression du monde politique et il faut saluer le rôle de l’ARCEP.

Comme l’a expliqué Numéo, les fréquences à 3,5 GHz ne sont pas bien adaptées pour faire de la distance et de ce fait ne sont pas la meilleure solution pour lutter contre la fracture numérique. Ce rôle est dévolu aux fréquences issues du dividende numérique.
Bolloré Télécom a déployé 10 000 bornes, essentiellement en Wifi, seulement 200 stations sont en Wimax et Bolloré Telecom constate des usages de ces bornes à hauteur de 10 Goctets/mois, soit 100 fois supérieurs aux chiffres cités par Orange pour l’internet mobile. C’est là que l’on peut voir la différence entre le fixe et le nomade.

Laure de La Raudière revient sur les propos de Marc Taieb : certes la qualité des réseaux est très bonne en France. Mais, malgré tout, nombreuses sont les interpellations qu’elle entend dans ses rencontres en circonscription. Avec la montée en débit, le risque de fracture numérique va devenir encore plus insupportable. La priorité est bien de définir le cadre réglementaire nécessaire, pour utiliser au mieux les ressources en fréquences disponibles : notamment, faut-il un ou plusieurs opérateur(s) d’infrastructure 4G en zone non dense ?

Olivier de Baillenx pense que, si SFR est un « petit poucet », alors Free est un « caillou dans la chaussure », ou un Minimoys…. Il aime bien cette image, car les Minimoys vivent en tribu, travaillent ensemble.

Pour le moment, il lui est difficile de parler du domaine mobile, où Free attend une bonne nouvelle ! Il évoque donc l’engagement de Free dans le domaine du fixe.

Il fait référence au cadre réglementaire défini pour les raccordements optiques dans les zones denses, notamment les règles de mutualisation attendues dans les immeubles en copropriété.
Dans les zones moins denses, la question est de savoir si on va avoir 4 ou 5 réseaux ou si les acteurs vont le faire ensemble, Free pousse pour la mutualisation et le co-investissement, dans un souci d’efficacité. Il rappelle aussi les risques de reconstitution d’un monopole.
En ce qui concerne les questions relatives aux fréquences radio du dividende numérique, il est encore trop tôt pour Free pour en parler. Ce sont des fréquences essentielles, leurs règles d’attribution doit viser à l’efficacité au maximum. Là encore, la mutualisation est la solution d’avenir.

Gérard Pogorel donne la parole à Bertrand Gié, pour développer les attentes d’un grand groupe de médias :

Bertrand Gié (Figaro Médias) rappelle que le Figaro existe depuis 183 ans, ce qui en fait le plus ancien acteur autour de la table ! Mais le Figaro est en forte mutation depuis quelques années : sur les 2000 personnes du Figaro, 600 travaillent désormais en relation avec les applications sur Internet, contre une cinquantaine en 2005 !
Le Figaro exploite une trentaine de sites web, 1 internaute sur 3 y accède, ou plutôt 1 sur 2 sur la cible CSP+ des lecteurs du Figaro.
Les applications sont variées : Le groupe Le Figaro est le n°1 de la petite annonce sur Internet, et est aussi présent dans la vente en ligne (théâtre, vêtements,…), dans les sites dédiés aux sports, à la culture,…

On assiste donc à un changement important du métier du journaliste.
Le Figaro, c’est un million de lecteurs par jour et 7 millions de visites du site web Le Figaro.fr par mois.

Le lecteur lui-même évolue, il devient un contributeur. Le Figaro.fr suscite 10 000 commentaires par jour. Les usages évoluent, avec le développement de la consommation en mobilité.
Un autre aspect de cette mutation est économique, avec des impacts sur les ressources traditionnelles de la presse, comme la publicité, les abonnements, et avec l’évolution vers le monde Internet où la gratuité des informations est souvent la règle. Pour donner une idée des enjeux, les activités du Figaro Médias représentent désormais 20 % du CA sur un total de 600 ME, principalement avec les revenus des petites annonces.
En conclusion, Bertrand Gié illustre l’intérêt de l’accès en mobilité : il vient de consulter le site du Figaro.fr et il a noté deux informations intéressantes pour les participants de cette journée :
- un sondage a montré que 42 % des clients mobiles utilisent leur mobile comme lampe de poche,… 
- le tribunal de commerce de Cannes vient de faire nommer un expert à propos du problème des explosions supposées d’i-phone.

Gérard Pogorel commente cette évolution forte du monde des contenus provoquée par l’évolution du monde des tuyaux. Elle renforce la nécessité d’être à même d’offrir ce type d’accès à l’ensemble de la population. Au-delà de l’accès à l’information comme avec le Figaro.fr, il y a l’e-administration qui doit être accessible partout pour tous. Il souhaite maintenant développer la question de la mutualisation des infrastructures aussi bien fixes que mobiles, en particulier évoquée dans l’intervention de M. de Baillenx : la difficulté de cette question provient de son impact sur la concurrence, dont le développement a été le maître-mot des dernières années. Cette difficulté a été bien résumée par la formule d’un opérateur lors de notre conférence de l’année dernière, « on demande aux opérateurs de se mettre d’accord sans s’entendre… ». Gérard Pogorel sollicite les opinions des différents opérateurs présents autour de la table sur cette question de la mutualisation des infrastructures.


Marie-Georges Boulay revient sur l’amicale pression de l’ARCEP et du monde politique, relayée par Mme de La Raudière, pour que les 3 opérateurs mobiles en place travaillent ensemble à la couverture des zones non encore couvertes en 3G. Elle confirme que ce travail est bien en cours et rajoute que les opérateurs seront heureux d’y accueillir le 4ième entrant quand il sera connu.
Dans le fixe, on sait les milliards d’Euros qu’il faudra dépenser pour développer un nouvelle boucle locale optique et SFR rejoint tout à fait la position exprimée précédemment par Free.

Alain Parker
confirme que les solutions de RAN sharing sont la bonne solution pour déployer un seul réseau 3G dans les zones blanches GSM, voire en deçà des zones blanches. Par contre, autant il est facile de se mettre d’accord dans la recherches des sites en zones blanches, autant c’est plus difficile dans les autres zones pour lesquelles il y a plusieurs choix concurrents dans la recherche de points hauts avec des impacts différents en termes de coûts pour les acteurs.
Puis il élargit le débat en évoquant les limites de la concurrence par les infrastructures, notamment pour des acteurs de taille réduite (Bouygues Télécom a environ 2,5 fois moins de clients que ses 2 principaux concurrents), pour lesquels le seuil de rentabilité économique dans l’ouverture d’un site est plus difficile à atteindre.
Donc, on constate dans différents pays le développement de mutualisation entre les acteurs pour réduire les coûts de déploiement. Cela apparaît comme la bonne solution, qui permet de maintenir et développer la concurrence sur les services, y compris pour les MVNO.
Avec le LTE, les opérateurs vont être amenés à déployer une 3ième infrastructure, peu de temps après avoir déployé la seconde : la mutualisation apparaît comme la bonne solution pour maîtriser les coûts de déploiement. Mais, comment faire, comment aborder cette question difficile ? Personne n’y voit encore très clair, y compris à l’ARCEP.

En passant la parole à Didier Dillard, Gérard Pogorel rajoute une question : ne faut-il pas réduire les prix pour lutter contre la fracture numérique ?

D. Dillard estime que la mutualisation a sa place dans les zones non naturellement couvertes par les acteurs, c'est-à-dire celles où les acteurs voient les limites de la rentabilité de leurs déploiements. La mutualisation leur permet de répondre à la demande tout à fait légitime des instances politique pour élargir la couverture.

Il rappelle que le modèle de la concurrence par les infrastructures (complété par la mutualisation dans les zones où cela se justifie) a fait ses preuves aussi bien dans le fixe que dans le mobile, Pourquoi remettre en cause ce modèle ?
Faut-il vraiment réglementer la mutualisation ? Est-il réaliste de définir un plan à 10 ans pour un réseau mutualisé au niveau de l’Etat et au niveau du régulateur, alors que l’on a encore beaucoup d’incertitudes sur le développement des services ? Sa réponse est non et, pour développer la mutualisation, Didier Dillard estime qu’il vaut mieux laisser les acteurs en discuter entre eux, comme cela se fait dans d’autres pays européens.

Sur la question de l’impact des prix sur la réduction de la fracture numérique, l’avis de Didier Dillard est au contraire que la réduction des prix limitent les zones où les opérateurs peuvent déployer leurs réseaux de façon rentable et cela augmente donc le besoin de financements publics pour les besoins de couverture. Certes, les prix bas, tels que 19,90 E/mois, sont une bonne chose pour le consommateur, mais la contre partie, c’est la réduction de la couverture rentable pour les seuls investissements privés.

Gérard Pogorel se permet de demander à Didier Dillard si le 19,90 E/mois, qu’il a cité, est bien le tarif d’Orange en Autriche …, puis il demande à Olivier de Baillenx quel est le point de vue d’un éventuel nouvel entrant dans le domaine mobile tel que Free.

Olivier de Baillenx rappelle que le grand succès de ces dernières années, c’est le développement du haut débit fixe (18 millions de clients en France), qui, par le biais du dégroupage, est une forme de mutualisation. Les acteurs se sont appropriés de façon très efficace ce modèle poussé par la Commission Européenne, puis par l’ARCEP.
Un autre facteur du succès, ce sont les prix qui ont mis le haut débit à la portée du plus grand nombre.
Sur le haut débit mobile, il est encore trop tôt pour Free pour s’exprimer, alors qu’il n’a pas encore de licence ! Rendez-vous l’année prochaine !


Gérard Pogorel souhaite revenir sur le rôle des opérateurs de niches, comme Numéo.

L. Biot constate qu’en France, les opérateurs ont imposé le diktat du triple play, sans se préoccuper vraiment des attentes des clients. Dans le Nord de l’Europe, on observe le développement de services de kiosques accessibles au dessus du raccordement haut débit physique.

Avec les baisses de tarif pour les raccordements de base (notamment les annonces récentes de tarifs autour de la vingtaine d’Euros), cela va ouvrir un champ pour des services à valeur ajoutée pour des catégories de services comme la télémédecine, et pour des catégories de clients, comme les PME, les exploitations agricoles. L. Biot considère que les clients sont prêts à dépenser 30 ou 40 Euros par mois tout compris.
Il va donc y avoir une évolution du scope des opérateurs de niche du domaine de l’équipement des zones blanches, vers le domaine des services à valeur ajoutée.

M. Taieb est d’accord avec l’analyse de Numéo, à la réserve près qu’il pense que le marché du triple play correspond malgré tout à l’essentiel des besoins et que le marché des services à valeur ajoutée envisagé par Numéo ne correspond sans doute qu’à quelques dizaines de millions d’Euros par an, ce qui correspond effectivement à ce que peuvent proposer des PME.

Il note que la télévision reste difficile à faire passer en radio, sauf à développer une offre de type DVBH.

Dans le domaine des infrastructures, il faut conclure rapidement sur le choix entre Wimax et LTE. Il trouve que la date citée pour le déploiement du LTE en 2014 est bien tardive.
Il milite, à l’image d’une consultation récente lancée par la FCC, pour mieux synchroniser les développements de technologies entre les différentes régions du monde (par exemple, le Wimax à 2,5 ou 3,5 GHz).
Il pense que cela contribuerait à accélérer le déploiement des nouvelles technologies dans de meilleures conditions économiques au bénéfice final des consommateurs.

Pasacal Bondillon ( ?), représentant du Conseil Général du Cher, souhaite interpeler les opérateurs présents par rapport à leurs objectifs de couverture 3G non tenus. Sans parler des promesses du Wimax de Bolloré Télécom non tenues dans son département.

Didier Dillard considère que c’est un mauvais procès et que cela ne reconnaît pas les grands efforts faits par les opérateurs dans un contexte très différent de celui imaginé au moment de l’attribution des 2 premières licences en 2001. Il est bien connu qu’il y a eu un retard au démarrage de 2 ans au niveau mondial par manque d’équipements de réseaux et de terminaux.
Il comprend la frustration de certaines collectivités locales, mais les niveaux de déploiement ont été publiés régulièrement et discutés avec l’ARCEP : la situation actuelle n’est donc pas une surprise.

Mme Boulay s’associe à la réponse de D. Dillard. Par 2 fois, il y a eu reports. Les opérateurs ont aussi fortement densifié leurs réseaux, et ont fortement augmenté le débit accessible dans les zones couvertes (pour SFR par un facteur 10 par rapport à leurs engagements initiaux). Une procédure de sanction est instruite par l’ARCEP, attendons leur décision. Mme Boulay revient que le besoin de fréquences basses pour le refarming, pour lesquelles l’accord de l’ARCEP date de février 2008 seulement.
M. Bondillon ( ?) challenge cette réponse de Mme Boulay en indiquant que la veille, SFR a présenté à Bourges ses plans de déploiement sur le département du Cher et que l’on est loin de la couverture à 99 % sur laquelle SFR s’est engagé initialement.

Alain Parker indique que Bouygues Télécom a déjà atteint en juin 2009 ses objectifs de couverture, de 2010. Certes les objectifs de Bouygues Télécom sont moins ambitieux que ceux des 2 autres opérateurs, mais ils sont sans doute plus réalistes. Et Bouygues Télécom a profité d’un marché plus mûr au moment du déploiement de son réseau 3G.

Marc Taieb reconnaît que les objectifs de déploiement Wiamx n’ont pas été tenus, mais il met au défi quiconque de trouver un seul ordinateur Wimax fonctionnant à 3.5 GHz. Par ailleurs, le 3.5 GHz n’est pas adapté à la couverture du territoire.
Bolloré Telecom met gratuitement ses fréquences à la disposition des collectivités locales qui le lui demandent, tout en donnant leur avis de technicien sur les limitations des possibilités du Wimax à 3.5 GHz. Suite à une nouvelle question de M. Bondillon ( ?), il précise que ce sont des contrats d’un an, renouvelables par tacite reconduction dans la limite de la durée de la licence, pour laquelle rappelons-le, Bolloré Télécom a payé 100 millions d’Euros,

Vers le haut

Laure de la Raudière & Gérard PogorelLaure de la Raudière & Gérard Pogorel
Bertrand GiéBertrand Gié
Loïc BiotLoïc Biot
Marie-Georges BoulayMarie-Georges Boulay